Ma tribune dans l’Opinion pour imposer un contrôle de gestion aux municipalités

L'Opinion

Un contrôle de gestion dans les municipalités

Tribune de Georges Mothron, maire d’Argenteuil

Sans doute, aux yeux de certains de nos compatriotes, le nom d’Argenteuil, la commune dont je suis le premier magistrat depuis les dernières élections municipales, évoque-t-il quelques symboles d’une France «qui tombe», de la banlieue au mal être des quartiers. C’est oublier un peu trop vite qu’elle a été l’un des berceaux des peintres impressionnistes avec ses régates peintes par Renoir, la Seine représentée par Monet mais aussi une ville vinicole où des vignes séculaires existent toujours donnant chaque année une cuvée de vin blanc. Argenteuil est aussi le siège de quelques fleurons industriels, de Pioneer à Dassault ou Sagem en passant par General Motors France. Bref une réalité complexe dans une période qui ne l’est pas moins. Mais je dois ajouter en plus à ce tableau, le classement de notre ville dans le palmarès peu envié des cités les plus endettées de France. Triste record en effet que celui d’Argenteuil dont j’ai hérité voici un an : 300 millions d’euros de dettes pour une capacité de désendettement de plus de… 150 ans alors que les experts s’accordent à considérer que le seuil acceptable ne peut pas dépasser 10 ou 12 années ! Seule solution pour la municipalité que je dirige : un budget de guerre.

C’est celui que j’ai voté avec mon équipe, avec plus de 300 suppressions de postes entre 2014-2016, l’annulation de presque toutes les manifestions festives et autres opérations non indispensables pour la ville. Seul l’éducation sera sanctuarisée. C’est somme toute une année blanche à laquelle je me suis résolu face au refus obstiné des banques de financer Argenteuil où près d’un habitant sur deux ne paie pas d’impôt local.

Comment a-t-on pu en arriver là ? La réponse est simple, une absence patente de contrôle de l’Etat laissant un pouvoir bien trop grand aux maires d’engager des dépenses faramineuses sans en avoir les moyens. Pour Argenteuil, c’est par exemple l’embauche nette sur la seule année 2013 de 377 personnes, c’est 7 millions de travaux réalisés sans avoir le budget nécessaire et tout cela la veille des élections…

Il est urgent de réagir et de prendre des mesures draconiennes pour encadrer les finances des collectivités pour éviter que ce type de situation ne se généralise. Nous sommes en effet entrés dans une période où la baisse drastique des dotations d’Etat aux collectivités locales peut conduire certaines équipes municipales à une forme de fuite en avant. Argenteuil n’est pas un cas isolé. Beaucoup d’entre nous se souviennent encore des mésaventures de la ville d’Angoulême, endettée pour des décennies par un de ses maires dispendieux juqu’au délire dans les années 80, ou encore d’ Hénin-Beaumont où les malversations ont succédé aux investissements inutiles. Des villes dont les dirigeants avaient fait peu de cas, c’est le moins que l’on puisse dire, des vieux principes d’honnêteté et de prudence dans la gestion des finances municipales, c’est-à-dire de l’argent de nos concitoyens. Nous pourrions aussi citer des cas plus récents comme ceux de Bussy-Saint-Georges ou de Pont-Saint-Esprit.

Dans tous ces cas, Argenteuil compris, l’autorité de tutelle qu’est la Chambre régionale des comptes est intervenue mais après coup et donc bien trop tard. Et c’est bien sur ce point précis que je souhaiterais aujourd’hui faire changer les choses. En moyenne, cette réaction de la puissance publique se produit dans un délai d’une année et demie après les engagements de dépenses considérés comme litigieux. En ce qui concerne Argenteuil, la dérive financière a vraiment débuté en 2012 et rien ne fut visible avant les élections municipales. Fort de ce constat, je considère qu’il manque en fait aux collectivités locales un système de contrôle de gestion comparable à celui existant dans les entreprises privées ; seule l’instauration de telles procédures pourrait établir des garde fous au pouvoir du maire qui reste seul à décider. L’allègement de la tutelle des communes par les lois de décentralisation successives, doit être contrebalancée par des contrôles a priori internes aux mairies. Les interventions des Chambres régionales des comptes souvent trop tardives ne servent pas de signal d’alarme et ne sont pas suffisamment dissuasives.

C’est la raison pour laquelle j’ai pris contact avec René Dosière que j’ai eu plaisir à fréquenter sur les bancs de l’Assemblée nationale et qui s’est bâti une légitime renommée dans le contrôle impartial des dépenses publiques. Je souhaiterais qu’il dépose une proposition de loi organisant une procédure de ce type. Ce serait je pense un moyen de rétablir la confiance de nos citoyens dans leurs élus. A défaut d’être une garantie absolue contre toute dérive, ce texte permettrait d’éviter que la situation actuelle d’Argenteuil ne se reproduise à des dizaines d’exemplaires dans notre pays. Nous ne pouvons plus accepter un tel coût financier et moral sans risquer de déstabiliser encore un peu plus notre démocratie. En attendant nous remettons Argenteuil à l’endroit pour redonner le plus vite possible à cette ville son potentiel économique et social.

Georges Mothron est maire d’Argenteuil.

 

Une réflexion au sujet de « Ma tribune dans l’Opinion pour imposer un contrôle de gestion aux municipalités »

  1. Entièrement d’accord avec vous .Si ce contrôle avait existé ,nous n’en serions pas là .
    Quel malheur d’être tombé sur un maire ne sachant pas calculer et ayant la folie des
    grandeurs …..Résultat : tous les Argenteuillais ont à porter sur le dos le poids d’une dette ,dont ils ne pourront se relever . Mr Doucet ni nous ,ni nos enfants ne pourront vous oublier . Pour conduire ,il faut un permis ,prendre des leçons ,apprendre la
    circulation . Avant d’être en responsabilité ( comme il le disait si souvent ) il faut en premier apprendre a compter …..et dans son cas être accompagné d’un garde FOU .

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